Inégalités 2

Lecture : « Les inégalités dans l’Enseignement Supérieur : une introduction »

De  Benninghoff, M., Fassa, F., Goastellec, G., Leresche, J.-P. (2012).

 

Question 1

(En tant qu’acteur de l’ES, que signifie pour vous la notion d’inégalités ? Sous quelles formes vous la représentez-vous ? )

La notion d’inégalité représente pour moi bien plus les différencesfactuelles qui existent entre deux personnes pour l’accès à un même cursus ou à une même profession que les différences naturelles qui existent inévitablement entre deux personnes en raison de leur personnalité (caractère, prédispositions, aptitudes …), les deuxièmes ne constituant à mon sens que des inégalités relatives, subjectives, voire arbitraires.

Deux catégories d’inégalités factuelles retiennent plus particulièrement mon attention. La première concerne l’accès aux ES et la seconde la faible représentation féminine à haut niveau (expertise, doctorat) dans une profession (logopède) pourtant majoritairement féminine.

Je partage l’analyse de DUBET qui dénonce l’élitisme et les inégalités toujours bien présentes, derrière un discours en « trompe-l’œil » prônant l’égalité des chances et la méritocratie. J’aspire aussi à une égalité parfaite entre les individus. Je pense qu’il faut lutter contre toutes les situations qui génèrent, entretiennent voire exacerbent ces inégalités, en ce compris par la pratique d’une forme de discrimination positive.

En revanche, j’ai conscience qu’une telle égalité est utopique car nous vivons dans une société de plus en plus dirigiste où le système prévaut toujours davantage sur l’individu. Le jour où homme et femme, riche et pauvre, seront sur un strict pied d’égalité n’est hélas pas pour demain. Je n’ai pas pour autant l’impression de combattre des moulins à vent car je sais que nos différences naturelles sont bien plus des richesses que des handicaps. Je suis convaincue que c’est bien plus en les entretenant qu’en les ostracisant que nous parviendrons petit à petit à faire évoluer les mentalités et à changer les fondamentaux de notre Société. C’est l’inégalité qu’il faut combattre, pas la différence !

Question 2

(Dans quelle mesure la question des inégalités affecte-t-elle vos pratiques d’enseignement ? Illustrez votre réponse par des faits concrets).

En tant que professeur, je suis quotidiennement confrontée à de multiples inégalités entre mes étudiants. Par exemple en matière de capacités cognitives, organisationnelles, ou communicationnelles. Mais il peut s’agir de tout autre chose. Du type d’études réalisées précédemment, de la motivation, de l’immaturité ou de l’indécision, par exemple. Il va de soi qu’un étudiant qui sait ce qu’il veut et ne se pose plus de question quant à la pertinence de ses choix est plus motivé, plus disponible et naturellement plus brillant qu’un autre. La situation sociale de l’étudiant joue aussi un rôle. Doit-il exercer un travail rémunéré après journée pour financer ses études et son logement ? Les parents sont-ils présents ou absents ? S’ils sont présents, quel type d’aide peuvent-ils apporter ? Une aide matérielle ? Psychologique ? Les deux ? Il y a de très nombreuses causes susceptibles de provoquer des inégalités.

Ma préoccupation première est donc d’identifier ces causes. Pour cela, je m’efforce d’être à l’écoute, de repérer certaines attitudes ou habitudes révélatrices.  Je reste disponible, ne manque jamais de dire que l’on peut me questionner après les cours, voire solliciter une entrevue.

Si l’étudiant est confronté à des difficultés d’ordre social ou culturel, j’essaie de lui faire comprendre que s’il parvient au bout de son cursus, son mérite n’en sera que plus grand. En effet, toute cause a des effets négatifs et positifs. Il convient donc de minimiser les premiers en responsabilisant l’étudiant (pas question qu’il se complaise dans un rôle de « Calimero ») et de maximiser les seconds pour le libérer, l’encourager et le remotiver.

Si les causes tiennent davantage de difficultés organisationnelles, cognitives ou communicationnelles, j’invite l’étudiant à en prendre conscience et je le dirige vers des lectures, des exercices appropriés ou le Service d’Aide à la Réussite . Il m’est arrivé de dire à certains étudiants que les études n’étaient qu’un mauvais moment à passer mais qu’ils devaient s’y « coller », car je devinais que si la théorie les rebutait, ils se révéleraient en revanche d’excellents praticiens. L’angle de vue, la motivation et l’implication changent tout. Même des difficultés d’ordre organisationnel, cognitif ou communicationnel sont très rarement insurmontables.

J’ai beaucoup d’étudiants français en classe. Les accents sont différents et bien plus multiples encore que les nôtres. Le vocabulaire et l’élocution diffèrent aussi. J’ai remarqué que les étudiants français n’entendent pas la différence entre les sons [é-è]. Or, il faut pourtant bien qu’ils la maîtrisent à l’exercice de leur métier ! Je me sers de ces différences bénignes – qui sont autant de richesses – pour relativiser toute chose et mettre un peu de légèreté dans mon cours. Ainsi, j’aime à dire que logopèdes, orthophonistes ou logopédistes, ce n’est pas du tout pareil.  En effet, les premières sont belges, les deuxièmes françaises ou canadiennes et les troisièmes suisses ! Ce genre d’anecdotes détend l’atmosphère et illustre par l’humour que ni les cours, ni les usages, ni la pratique ne sont figés.

 

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