Inégalités 1

Activité thématique « Mutations et inégalités dans l’Enseignement Supérieur en Europe »

Partie 1 : Mutations de l’ES en Europe

Question 1 : Conclusions de la conférence de Gaëlle Goastellec (1 dizaine de lignes)

Depuis le 15ème siècle, l’Enseignement Supérieur est passé d’un système élitiste, garant d’un « mérite hérité » et préservant les pouvoirs des papes et des rois, à un système de massification ouvrant les écoles et l’accès à la connaissance à l’ensemble de la population. Malheureusement, cet accès généralisé n’a pas complètement rendu le système  égalitaire. De nouvelles inégalités, plus subtiles, moins perceptibles, ont vu le jour : concurrence des établissements entre eux, des étudiants entre eux, sous-représentation de certaines populations. Inégalités en matière d’insertion professionnelle aussi, les inégalités d’accès s’étant muées en inégalités de succès.

L’Europe tente bien d’imposer des normes, mais les nations, au mieux les régulent, au pire les contournent. Depuis les années nonante, trois tendances coexistent pour le financement des étudiants : l’abandon des frais de scolarité, l’absence ou la mise en œuvre de ces frais. Pour ces derniers, on est passé de la perception immédiate à la perception différée, endettant les étudiants, désormais condamnés à consacrer une partie de leurs premiers revenus professionnels au remboursement de leurs études. Une tendance particulièrement marquée au Royaume Uni.

Activité thématique « Mutations et inégalités dans l’Enseignement Supérieur en Europe »

Partie 1 : Mutations de l’ES en Europe

Question 1 : Conclusions de la conférence de Gaëlle Goastellec (1 dizaine de lignes)

Depuis le 15ème siècle, l’Enseignement Supérieur est passé d’un système élitiste, garant d’un « mérite hérité » et préservant les pouvoirs des papes et des rois, à un système de massification ouvrant les écoles et l’accès à la connaissance à l’ensemble de la population. Malheureusement, cet accès généralisé n’a pas complètement rendu le système  égalitaire. De nouvelles inégalités, plus subtiles, moins perceptibles, ont vu le jour : concurrence des établissements entre eux, des étudiants entre eux, sous-représentation de certaines populations. Inégalités en matière d’insertion professionnelle aussi, les inégalités d’accès s’étant muées en inégalités de succès.

L’Europe tente bien d’imposer des normes, mais les nations, au mieux les régulent, au pire les contournent. Depuis les années nonante, trois tendances coexistent pour le financement des étudiants : l’abandon des frais de scolarité, l’absence ou la mise en œuvre de ces frais. Pour ces derniers, on est passé de la perception immédiate à la perception différée, endettant les étudiants, désormais condamnés à consacrer une partie de leurs premiers revenus professionnels au remboursement de leurs études. Une tendance particulièrement marquée au Royaume Uni.

Inégalités ligne du temps

 

Lecture : « Les inégalités dans l’Enseignement Supérieur : une introduction »

De  Benninghoff, M., Fassa, F., Goastellec, G., Leresche, J.-P. (2012).

 

Question 1

(En tant qu’acteur de l’ES, que signifie pour vous la notion d’inégalités ? Sous quelles formes vous la représentez-vous ? )

La notion d’inégalité représente pour moi bien plus les différences factuelles qui existent entre deux personnes pour l’accès à un même cursus ou à une même profession que les différences naturelles qui existent inévitablement entre deux personnes en raison de leur personnalité (caractère, prédispositions, aptitudes …), les deuxièmes ne constituant à mon sens que des inégalités relatives, subjectives, voire arbitraires.

Deux catégories d’inégalités factuelles retiennent plus particulièrement mon attention. La première concerne l’accès aux ES et la seconde la faible représentation féminine à haut niveau (expertise, doctorat) dans une profession (logopède) pourtant majoritairement féminine.

Je partage l’analyse de DUBET qui dénonce l’élitisme et les inégalités toujours bien présentes, derrière un discours en « trompe-l’œil » prônant l’égalité des chances et la méritocratie. J’aspire aussi à une égalité parfaite entre les individus. Je pense qu’il faut lutter contre toutes les situations qui génèrent, entretiennent voire exacerbent ces inégalités, en ce compris par la pratique d’une forme de discrimination positive.

En revanche, j’ai conscience qu’une telle égalité est utopique car nous vivons dans une société de plus en plus dirigiste où le système prévaut toujours davantage sur l’individu. Le jour où homme et femme, riche et pauvre, seront sur un strict pied d’égalité n’est hélas pas pour demain. Je n’ai pas pour autant l’impression de combattre des moulins à vent car je sais que nos différences naturelles sont bien plus des richesses que des handicaps. Je suis convaincue que c’est bien plus en les entretenant qu’en les ostracisant que nous parviendrons petit à petit à faire évoluer les mentalités et à changer les fondamentaux de notre Société. C’est l’inégalité qu’il faut combattre, pas la différence !

Question 2

(Dans quelle mesure la question des inégalités affecte-t-elle vos pratiques d’enseignement ? Illustrez votre réponse par des faits concrets).

En tant que professeur, je suis quotidiennement confrontée à de multiples inégalités entre mes étudiants. Par exemple en matière de capacités cognitives, organisationnelles, ou communicationnelles. Mais il peut s’agir de tout autre chose. Du type d’études réalisées précédemment, de la motivation, de l’immaturité ou de l’indécision, par exemple. Il va de soi qu’un étudiant qui sait ce qu’il veut et ne se pose plus de question quant à la pertinence de ses choix est plus motivé, plus disponible et naturellement plus brillant qu’un autre. La situation sociale de l’étudiant joue aussi un rôle. Doit-il exercer un travail rémunéré après journée pour financer ses études et son logement ? Les parents sont-ils présents ou absents ? S’ils sont présents, quel type d’aide peuvent-ils apporter ? Une aide matérielle ? Psychologique ? Les deux ? Il y a de très nombreuses causes susceptibles de provoquer des inégalités.

Ma préoccupation première est donc d’identifier ces causes. Pour cela, je m’efforce d’être à l’écoute, de repérer certaines attitudes ou habitudes révélatrices.  Je reste disponible, ne manque jamais de dire que l’on peut me questionner après les cours, voire solliciter une entrevue.

Si l’étudiant est confronté à des difficultés d’ordre social ou culturel, j’essaie de lui faire comprendre que s’il parvient au bout de son cursus, son mérite n’en sera que plus grand. En effet, toute cause a des effets négatifs et positifs. Il convient donc de minimiser les premiers en responsabilisant l’étudiant (pas question qu’il se complaise dans un rôle de « Calimero ») et de maximiser les seconds pour le libérer, l’encourager et le remotiver.

Si les causes tiennent davantage de difficultés organisationnelles, cognitives ou communicationnelles, j’invite l’étudiant à en prendre conscience et je le dirige vers des lectures, des exercices appropriés ou le Service d’Aide à la Réussite . Il m’est arrivé de dire à certains étudiants que les études n’étaient qu’un mauvais moment à passer mais qu’ils devaient s’y « coller », car je devinais que si la théorie les rebutait, ils se révéleraient en revanche d’excellents praticiens. L’angle de vue, la motivation et l’implication changent tout. Même des difficultés d’ordre organisationnel, cognitif ou communicationnel sont très rarement insurmontables.

J’ai beaucoup d’étudiants français en classe. Les accents sont différents et bien plus multiples encore que les nôtres. Le vocabulaire et l’élocution diffèrent aussi. J’ai remarqué que les étudiants français n’entendent pas la différence entre les sons [é-è]. Or, il faut pourtant bien qu’ils la maîtrisent à l’exercice de leur métier ! Je me sers de ces différences bénignes – qui sont autant de richesses – pour relativiser toute chose et mettre un peu de légèreté dans mon cours. Ainsi, j’aime à dire que logopèdes, orthophonistes ou logopédistes, ce n’est pas du tout pareil.  En effet, les premières sont belges, les deuxièmes françaises ou canadiennes et les troisièmes suisses ! Ce genre d’anecdotes détend l’atmosphère et illustre par l’humour que ni les cours, ni les usages, ni la pratique ne sont figés.

 

Partie 3 ­– Question 1

Rien n’est plus contre-productif que la surprise. Il convient donc d’informer clairement les étudiants pour les préparer à faire face aux difficultés qu’ils rencontreront à l’occasion de leur insertion professionnelle, en ce compris les inégalités auxquelles ils seront confrontés. Je m’efforce donc de ne pas nier ces dernières. Ensuite, je les identifie par des exemples concrets. Si ces inégalités peuvent être contournées en optant pour une filière professionnelle qui corresponde mieux à la personnalité de l’étudiant, je le mets en lumière. J’ai la chance d’enseigner dans les trois années de bachelier et au sein de mes divers cours, je ne me prive pas de spécifier les différences entre un exercice libéral de la profession et un exerce de salarié, par exemple afin que les étudiants se projettent doucement dans la réalité et fassent des choix selon leur personnalité. Un étudiant fortement concerné par les problèmes de société et les inégalités entre les personnes sera peut-être plus épanoui au sein d’un établissement  pour personnes handicapées  qu’au service d’une clientèle privée parfois triée sur le volet. Certains se découvriront une passion pour les personnes âgées alors qu’ils pensaient devenir logopède pour ne s’occuper que d’enfants. Et puis, j’ai la chance d’être dans une filière professionnelle encore porteuse d’emplois, pour autant que l’on s’y active un peu.

J’invite mes élèves à se situer par rapport à ces choix pour mieux les trancher. Si les inégalités ne peuvent pas être contournées parce que la course à l’élitisme ne sera jamais éradiquée, j’invite mes étudiants à ne pas se décourager, leur laissant entendre, par exemple, qu’un niveau de compétence acquis de haute lutte s’inscrira bien plus dans la durée qu’un autre, atteint sans trop d’effort. Je tente aussi d’élever le débat démontrant qu’une égalité parfaite entre les personnes est une utopie et que ce n’est pas un drame car on s’enrichit bien plus de nos différences que de nos ressemblances.

Partie 3 – Question 2

La vision selon laquelle chacun a la trajectoire qu’il mérite est convenue, manque d’envergure et a du plomb dans l’aile. L’individu n’évolue pas en électron libre au sein de la Société. Il la compose, aussi individualiste soit-il. Et la composant, qu’il le veuille ou non, il se trouve limité dans ses options et prérogatives par un contexte économique et social sur lequel il n’a aucune prise. Il est donc forcé d’infléchir ses positions, de se remettre en question et d’admettre qu’il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. S’imposer contre vents et marées est plus pathétique que productif.

Inégalités, partie 3, 2 questions supplémentaires

  1. Comment communiquer avec les parents et les familles concernant les questions d’inégalités d’accès à l’ES ?

A la lecture des articles et à la vision de la vidéo proposés dans le cadre de ce cours, j’ai appris beaucoup de choses concernant les inégalités. Et je n’ai plus qu’une envie : pouvoir les partager  quand je rencontre des personnes concernées.

Ne pourrait-on pas imaginer que les professeurs eux-mêmes soient des porte-paroles au sein des ES ?

Ou faudrait-il agir en amont, dès le secondaire voire le primaire ?

  1. Quid des étudiants Erasmus ?

 

L’idée est dans l’air du temps, innovante, motivante, attirante,…Mais dans la pratique, peu de choses mises en place pour les étudiants !

Les programmes de cours ne correspondent pas d’un pays à l’autre, les étudiants ne peuvent pas être physiquement présents à certains cours de leur ES d’origine, …

Ne sont-ils pas pénalisés, finalement ? Des recherches montrent-elles des avantages indéniables  (pour les études, pour l’étudiant en tant que personne) ?

J’aurais tendance à penser que c’est génial sur le plan personnel mais je n’ai pas d’élément pour analyser le bien-fondé sur le plan des études et/ou profession future.

Décret réflexion 3 : lien + supplément

http://present.me/view/320647-dias_a_sonoriser-2

Réflexion 3 : 2 questions supplémentaires

 

  • Le décret paysage favorise-t-il la réussite par rapport au décret Bologne ?

L’esprit est à la pédagogie de la réussite…mais que penser de cette réussite à 10 voire de cette réussite de l’Unité d’Enseignement complète à 10 ? Pour deux cours à l’intérieur d’une même unité, l’étudiant peut y parvenir avec 18/20 au premier et 2/20 au second. Et que dire des étudiants intelligents s’il en est, comme en témoigne cette stratégie qui consiste à ne pas « perdre de temps » à étudier un cours peu crédité pour se concentrer sur l’autre. Voire ne venir que le signer, histoire de faire acte de présence.

Nos étudiants seront-ils toujours formés globalement pour la profession ou choisiront-ils les notions dans lesquelles ils excellent déjà pour réussir leur cursus ?

 

  • Le décret paysage harmonisera-t-il significativement les diplômes européens ?

Les mêmes intitulés de cours recouvrent-ils les mêmes contenus ?
Et deux mêmes intitulés comportent-ils autant de crédits ?
Et même si tout est homogénéisé, les évaluations certificatives seront-elles du même acabit ?
Que faire du rôle de la langue orale utilisée dans nos cours ? A-t-elle la même importance dans toutes les matières ?

Beaucoup de questions, j’écoute vos réponses.

Décret réflexion 2

Réflexion 2 : Terminologie

 

FORME D’ENSEIGNEMENT  (15.39) : Haute Ecole

TYPE DE FORMATION (4.1) : enseignement supérieur de type court

SECTEUR (83.1) : sciences psychologiques et de l’éducation

DOMAINE D’ETUDES (83.1) : catégorie paramédicale ; section : logopédie

PROGRAMME D’ETUDES (15.10) : Bachelier

UNITE D’ENSEIGNEMENT (15.65) : LOGO 210

ACTIVITES D’APPRENTISSAGE (76-77) : des enseignements organisés par l’établissement, notamment des cours magistraux, exercices dirigés, travaux pratiques. ECTs : 4

 

Décret, réflexion 1

D’après l’Article 3. – § 1er du Chapitre II du Décret Paysage (20.12. 2013)

6 Objectifs généraux  hiérarchisés (pour le cours de : Méthodologie des tests, de la voix, de la parole et du langage, Bloc 2) :

1° promouvoir l’autonomie et l’épanouissement des étudiants, notamment en

développant leur curiosité scientifique et artistique, leur sens critique et leur

conscience des responsabilités et devoirs individuels et collectifs;

2° accompagner les étudiants dans leur rôle de citoyens responsables, capables

de contribuer au développement d’une société démocratique, pluraliste et solidaire;

3° transmettre, tant via le contenu des enseignements que par les autres

activités organisées par l’établissement, les valeurs humanistes, les traditions

créatrices et innovantes, ainsi que le patrimoine culturel artistique, scientifique,

philosophique et politique, fondements historiques de cet enseignement, dans le

respect des spécificités de chacun;

4° développer des compétences pointues dans la durée, assurant aux étudiants

les aptitudes à en maintenir la pertinence, en autonomie ou dans le contexte de

formation continue tout au long de la vie;

5° garantir une formation au plus haut niveau, tant générale que spécialisée,

tant fondamentale et conceptuelle que pratique, en vue de permettre aux étudiants

de jouer un rôle actif dans la vie professionnelle, sociale, économique et culturelle, et

de leur ouvrir des chances égales d’émancipation sociale;

6° inscrire ces formations initiales et complémentaires dans une perspective

d’ouverture scientifique, artistique, professionnelle et culturelle, incitant les

enseignants, les étudiants et les diplômés à la mobilité et aux collaborations

intercommunautaires et internationales.

Commentaires :

Dans le cadre de ce cours, le premier point est prépondérant. Face à la multitude des tests logopédiques qui existent sur le marché, l’étudiant doit être capable (dans moins d’un an !) de faire le choix entre les tests :

  • qu’il achètera parce que reconnus universellement et incontournables,
  • qu’il consultera ou expérimentera par « piratage » (photocopies, fabrication maison,…) pour mieux juger de leur efficacité et/ou de leur pertinence.

Pour les premiers, il décidera en toute autonomie, pour les seconds, il aiguisera son sens critique en accordant ou non sa confiance, selon des critères objectifs, expérimentaux et/ou dictés par certaines nécessités spécifiques à sa patientèle.

Le deuxième point est corollaire du précédent. De la même manière que nul n’existe isolément, aucune théorie n’est digne de confiance si elle n’est pas soutenue, confirmée et confrontée à un contexte général, lequel reflète la réalité et l’essence même de nos sociétés pluralistes et citoyennes, démocratiques et solidaires. L’objectivité et le recul sont de mise. Comment éviter la moquerie facile ou la méfiance face à des populations multiples et variées, sinon en prenant conscience des différences de l’Autre et en le respectant ?

Le troisième point complète le précédent, en présentant nos cours, nos échanges et nos réflexions dans un cadre qui, loin d’être confiné au seul aspect scientifique, s’inspirera de nos valeurs, de nos traditions et de notre patrimoine historique, philosophique ou encore politique.

Le quatrième point nous invite à former nos  étudiants bien plus dans la durée que dans l’instant. À quoi bon réussir un examen si c’est pour s’empresser ensuite de tout oublier ? Et comment mieux retenir un cours, sinon en l’inscrivant dans une thématique qui conduit à une réflexion permanente et réactualisée, au fur et à mesure de l’évolution de nos connaissances ?

Le cinquième point : il est illusoire d’imaginer être capable d’assurer d’emblée une formation au plus haut niveau. Mais il l’est beaucoup moins de se fixer pour objectif de fournir égalitairement à tous nos étudiants, les bases suffisantes pour l’acquérir par eux-mêmes. L’égalité n’abolit pas la différence, elle l’intègre et s’en enrichit !

Le sixième point nous donne à penser que le savoir est en perpétuel mouvement et nous renvoie à la  notion de formation permanente. Nous sommes spécialistes du langage, mais le langage est universel et protéiforme. Il s’ouvre à l’art, à la culture et à la science, bien au-delà des mots. Lesquels ne sont qu’un vecteur pour accéder à une connaissance aussi universelle que possible, c’est à-dire se nourrissant nécessairement de nos échanges et de nos collaborations : intercommunautaires, internationales ou intergénérationnelles.

 

Ces objectifs ont-ils été débattus dans mon établissement ?

La Direction de mon établissement est fortement conscientisée par les décisions, les objectifs et  les implications du « Décret Paysage ». Notre juriste est souvent mise à contribution pour interpréter et/ou éclaircir certains points. Toutefois, en ma qualité de professeur, à propos des 6 points généraux évoqués supra, je n’ai jamais été personnellement interrogée. Si discussion il y a eu, c’est en amont.